Enseigner aux tout-petits l’affirmation de soi

11289_10152555365390154_970715196_nAu restaurant, dans la section des jeux pour enfants, je vois une fillette, âgée d’environ trois ans, s’approcher de son père en pleurant : « Papaaaaaa! Il y a des grands dans la glissade qui nous donnent des tapes et nous empêchent de glisser! » Sans lever les yeux de son journal, le papa répond à sa fille : « Bah! Laisse-les faire. Va jouer dans la petite maison à la place… »

Au terrain de jeu, deux garçons âgés d’environ sept ou huit ans « font la loi » dans le module de jeu. Ils contrôlent les plus petits, décident lequel monte ou pas et jouent les fiers-à-bras. En ricanant, l’un d’eux va même jusqu’à cracher sur une fillette de quatre ans. Témoin de la scène, le père va dire sa façon de penser aux deux malotrus et quitte le parc avec sa fille.

Qu’est-ce qui ne va pas dans ces deux situations? Ces enfants étaient victimes de violence et d’intimidation et aucun des parents ne leur a enseigné à se défendre. Le premier envoie le message suivant à sa fille : laisser faire et, l’autre, attendre qu’un adulte la défende. Bientôt, dans la cour d’école, ces petites n’auront aucun outil pour faire face aux situations de conflit et risquent donc de céder devant l’adversité ou de rechercher constamment la protection de l’adulte. Pourtant, ces deux situations constituaient de formidables occasions d’enseigner l’affirmation de soi à ces fillettes.

Généralement, les parents enseignent assez tôt aux enfants toutes les habiletés qui feront d’eux des personnes agréables à côtoyer : le respect des autres, l’empathie, le partage, l’accueil et l’entraide. Mais que désire-t-on vraiment pour nos jeunes? Qu’ils soient aimés ou heureux? Qu’est-ce qui est prioritaire? Le respect des autres ou le respect de soi?

Pourtant, l’affirmation de soi est d’une importance capitale dans toutes les relations actuelles et futures imagesCAF8D152de l’enfant. En effet, la capacité à affirmer sa pensée et son opinion demeure l’une des bases des compétences sociales, compétence qui permet à l’enfant et à l’adulte de prendre plus facilement leur place dans un groupe, à l’école ou au travail. Les gens qui démontrent de l’assurance ont généralement plus d’amis, trouvent de meilleurs emplois et attirent davantage le respect de leur entourage.

Voici quelques exemples d’attitudes affirmatives : 

  • Dire son opinion, même si elle diffère de celle des autres, sans craindre les moqueries.
  • Aller vers les autres, proposer des jeux ou des activités sans avoir peur du rejet. N’être ni « petit boss », ni « suiveux. »
  • Refuser de faire des choses qui vont à l’encontre de ses valeurs, ne pas se laisser influencer.
  • Négocier et faire des compromis avec ses amis sans toujours les laisser décider pour éviter de déplaire.
  • Dire ce qui nous dérange sans adopter une attitude plaintive.
  • Prendre soin des autres et les respecter, mais accepter aussi de ne pas toujours être gentil et conciliant, de ne pas toujours être aimé de tous.
  • Parfois, s’affirmer c’est aussi se mettre en colère et monter le ton quand quelqu’un nous agresse, sans pour autant utiliser la violence ni prononcer des paroles injurieuses.

Comment puis-je aider mon enfant à développer sa capacité à s’affirmer sainement?

  • Être un bon modèle et appliquer, dans le quotidien, les valeurs de respect, de non-violence et d’affirmation.
  • Ne pas jouer à l’arbitre dans les querelles d’enfants et surtout résister à la tentation de défendre celui qui s’affirme le moins. Si Maxime vient se plaindre que Julie lui a volé son jouet, regardez avec lui ce qu’il peut faire pour récupérer son bien et affirmer son désaccord à sa sœur plutôt que d’aller intervenir vous-même auprès de sa sœur. Profitez de ces querelles pour entraîner votre enfant à s’affirmer : au besoin, pratiquez avec lui le ton, les paroles et la posture avant de l’accompagner devant sa sœur. Appuyez-le au besoin, mais laissez toujours l’enfant se défendre lui-même en premier. La maison est un merveilleux laboratoire où il est possible d’expérimenter.
  • Encourager les enfants à exprimer leurs émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Au besoin, nommer l’émotion que vous croyez que l’enfant vit : « Tu dois être fier de toi! », « Ho! Tu sembles déçu de … », « Tu as raison d’être fâché contre ta sœur, mais tu n’as pas le droit de la pousser! Viens le lui dire avec des mots! ».
  • Demander régulièrement aux enfants leur avis sur divers sujets et valoriser l’expression d’opinions différentes : « Ha oui? Toi tu trouves que …. Pourquoi penses-tu cela? Et toi, Maxime, qu’en penses-tu? »  Intéressez-vous vraiment à leur opinion, ne faites pas que tenter de les influencer.
  • En voiture ou durant les temps libres, jouer à « Que ferais-tu si… » et faire des mises en situation dans lesquelles l’enfant doit déterminer la bonne façon de réagir à des problèmes. « Admettons que Noémie t’arrache la poupée des mains, que pourrais-tu faire? »

Néanmoins, rappelons que l’apprentissage du juste équilibre entre la gentillesse et l’affirmation de soi reste un processus à long terme. Au cours des prochaines années, de nombreuses situations se présenteront inévitablement permettant d’approfondir toutes les subtilités de l’art de mettre des limites aux autres tout en se montrant respectueux. Je vous encourage donc à en commencer l’apprentissage dès maintenant afin que vos enfants soient mieux outillés à faire face, avec assurance et confiance en soi, aux différentes situations qui se présenteront tout au long de leur cheminement scolaire…

 

Pour aller plus loin, consultez mes livres sur l’intimidation: « Non à l’intimidation, j’apprends à m’affirmer », « Prévenir l’intimidation » et « Agir contre l’intimidation »

Des conférences et formations sur le sujet sont aussi disponibles pour vos milieux: http://www.sosnancy.com/programme-non-a-lintimidation/

 

À propos de Nancy Doyon

NANCY DOYON est éducatrice spécialisée et coach familial. Auteur du best-seller « Parent gros bon sens », elle est également présidente-fondatrice de l’entreprise SOS NANCY, qui offre des services de coaching familial dans la région de Québec. Formatrice et conférencière depuis plusieurs années, elle est aussi très active dans les médias à titre de chroniqueuse famille. Pionnière dans son domaine, elle a développé l’approche responsabilisante et fondé la toute première école de coaching familial au Québec à travers laquelle elle offre de la formation en coaching familial et du soutien clinique aux intervenants qui rêvent de devenir eux aussi des « Super Nanny. »