Fusillade de la mosquée de Québec: Que dire à nos enfants?

fusillade QuébecL’impensable vient de se produire chez-nous. Pas au bout du monde, dans notre cour! Un individu répugnant est entré dans une mosquée de Québec et a tiré sur les gens. Pourquoi? Dur à comprendre. Et encore plus dur à expliquer à nos enfants qui, dans les prochains jours, nous harcèleront de questions en lien avec la fusillade. Dur, dur aussi de rassurer nos cocos alors que nous somme tous inquiets devant la multiplication des attentats à travers le monde.

Parents, enseignants, éducateurs, il nous faudra bien prendre une profonde inspiration, puis faire ce qu’il faudra pour accueillir le tourbillon d’émotions que la fusillade créera chez nos enfants, petits et grands. Voici quelques conseils qui, je l’espère, vous aideront à les accompagner:

1-Protéger les jeunes enfants contre les images des médias

Tout d’abord, on doit tenter de tenir les jeunes enfants loin des images de la fusillade et des conversations sur le sujet puisqu’ils n’ont pas la maturité nécessaire pour intégrer ces informations.  Au moins jusqu’à l’entrée scolaire, les enfants n’ont pas à être informé des événements, sauf si la situation les touche directement (perte d’un proche par exemple.) Les enfants plus âgés, quant à eux, risquent malheureusement d’entendre parler de la fusillade à l’école, mais leur jeune cerveau n’est pas encore prêt assimiler l’information et faire la part des choses. Entendre les nouvelles en boucle et les adultes en parler sans cesse risque alors de créer un climat d’insécurité très anxiogène pour eux. Il faudra donc limiter quelque peu leur accès à l’information et ce, jusqu’à l’adolescence.  Fermer la télé et la radio restent malheureusement la meilleure façon de les tenir à l’écart.  Toutefois, si on croit qu’ils ont eu conscience du drame ou s’ils posent des questions il sera important d’aborder le sujet avec eux et ce, dès l’âge de trois ou quatre ans.

2- Ouvrir la discussion

Puisque les enfants d’âge scolaire risquent d’entendre parler du drame à l’école, on se doit de prendre le temps d’en discuter avec eux. Il faudra d’abord bien cerner ce qu’ils savent et surtout ce qu’ils ont compris des informations auxquelles ils ont été exposés. En effet, les enfants peuvent parfois mélanger des brides d’informations et y ajouter des éléments de leur imaginaire ou de leur vécu.
On doit ensuite ouvrir la porte à l’expression des émotions et des peurs reliées à la situation. Posez des questions directes et validez l’émotion de l’enfant sans nécessairement le rassurer tout de suite :
« Comment te sens-tu par rapport à la fusillade? », « As-tu peur du terrorisme? », « Qu’est-ce qui te fais peur? », « Oui, c’est tellement triste n’est-ce pas? », « Tu as peur qu’un tireur vienne ici? Oui, ça fait un peu peur hein? » Laissez-le en parler aussi souvent et aussi longtemps qu’il en ressentira le besoin.
Si l’enfant ne semble pas vouloir en parler, n’insistez pas mais parlez attentats Québecun peu de votre ressenti : « Moi je trouve ça vraiment triste ce qui arrive.» Évitez toutefois de vous étendre sur vos propres craintes puisque votre anxiété ne pourrait que lui confirmer que le risque est bien réel. Les enfants ne comprennent généralement pas tout ce qui se passe, ils se fient sur la réaction des adultes pour juger de la gravité d’une situation. Plus les adultes leur semblent ébranlés, plus ils comprennent que c’est grave et risquent de développer des peurs et de l’anxiété. Donc il est important de faire attention à nos réactions et à ce qu’on dit, même si les enfants ne semblent pas nous écouter. Si vous semblez inquiets et bouleversés, ils ne vous croiront pas si vous leur dites ensuite de ne pas s’inquiéter. Certains enfants n’accorderont que peu d’importance aux événements et ne se sentiront pas concernés. Laissez les alors rester dans leurs monde enfantin et n’insistez pas pour en discuter.

3-Écouter

Donc, on écoute d’abord, puis… on écoute encore. Faites attention à ne pas trop chercher à rassurer rapidement l’enfant, vous risqueriez de bloquer l’expression de ses émotions. Il vaut mieux, au départ, accueillir et valider se qu’il vit. Si l’enfant vous questionne sur les événements n’entrez pas dans les détails morbides mais répondez directement et clairement à ses questions sans ajouter d’informations supplémentaires. Qu’est-ce qui est arrivé? «  Des hommes ont tiré des coups de feu dans une mosquée et tué des gens » Est-ce qu’il y a des gens qui sont morts? « Oui, mon cœur. C’est vraiment triste. » Pourquoi?  » On ne sait pas mon poussin, c’est difficile à comprendre.»

4- Rassurer

Ce ne sera qu’après avoir laissé l’enfant s’exprimer librement qu’on le rassurera finalement en lui expliquant que ce genre d’événement est rare et qu’il ne doit pas craindre pour sa sécurité. On peut aussi, avec les plus vieux (dix ans eu plus), discuter de nos valeurs sociales de tolérance et d’inclusion, de comment, chez certaines personnes la différence engendre la peur et la haine, de l’importance du cultiver l’amour, l’entraider et la tolérance autour de nous.

shutterstock_551672560On peut aussi conclure en encourageant le jeune à faire quelque chose susceptible de lui faire du bien, comme de se changer les idées, accepter un gros câlin ou encore faire un dessin dans lequel il exprimera ses émotions négatives afin de s’en débarrasser. Parfois, aussi, l’enfant aimera poser un geste concret afin de « réparer » symboliquement la situation. Il pourrait alors faire un dessin qui symbolise la paix, faire un bricolage pour les enfants qui ont perdu leur papa, aller déposer des fleurs à la mosquée ou encore participer à une marche collective. Ce sera aussi une opportunité pour les parents de discuter avec leurs enfants des valeurs de respect des valeurs d’autrui, de tolérance à la différence, d’inclusion et de solidarité.
Il est aussi important de savoir que l’enfant risque de revenir quelques fois sur la situation dans les prochains jours, afin d’exprimer une nouvelle émotion ou de poser de nouvelles questions. Chaque fois, on prendra deux ou trois minutes pour recevoir ce que nous dit l’enfant, pour le rassurer quelque peu avant de changer de sujet afin de ne pas alimenter les pensées négatives. Évitez toutefois de banaliser ses inquiétudes en disant des phrases comme : « Arrête de parler de ça! Va jouer! » Les gestes d’affection comme les câlins et les bisous sont également des façons de montrer à votre enfant que vous êtes présent et que vous le protégez.

5-Consulter au besoin

En terminant, certains enfants, plus sensibles ou plus anxieux que d’autres et ceux qui sont directement touchés, peuvent développer des symptômes d’anxiété importants à la suite d’une situation semblable. Ainsi quelques enfants pourraient souffrir de cauchemars récurrents, avoir une perte d’appétit, poser des questions incessantes,  jouer à des jeux répétitifs représentant la scène, développer de l’hypervigilance, de l’anxiété de séparation, avoir des inquiétudes démesurées, sembler « déconnecté » de leurs émotions de façon non habituelle, adopter une attitude figée ou encore développer des réactions très agressives. Il sera donc important, dans ce cas, d’éviter le plus possible l’exposition aux images de la catastrophe et ne pas hésiter à consulter un spécialiste. Les psychologues sont généralement les meilleurs intervenants dans ces situations et il suffit souvent que de quelques rencontres afin de régler le problème.

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À propos de Nancy Doyon

NANCY DOYON est éducatrice spécialisée et coach familial. Auteur du best-seller « Parent gros bon sens », elle est également présidente-fondatrice de l’entreprise SOS NANCY, qui offre des services de coaching familial dans la région de Québec. Formatrice et conférencière depuis plusieurs années, elle est aussi très active dans les médias à titre de chroniqueuse famille. Pionnière dans son domaine, elle a développé l’approche responsabilisante et fondé la toute première école de coaching familial au Québec à travers laquelle elle offre de la formation en coaching familial et du soutien clinique aux intervenants qui rêvent de devenir eux aussi des « Super Nanny. »