Le mensonge chez les enfants…

Pourquoi? Comment réagir?

 Surtout chez les tout-petits, le mensonge est souvent davantage une manifestation de l’imaginaire enfantin qu’une réelle intention de vous « embobiner ». Les enfants mentent naturellement.

À vous de voir si mentir sera « PAYANT » pour l’enfant. 

yeux fachésPOURQUOI LES ENFANTS MENTENT-ILS?

La fabulation

Surtout chez les tout-petits, le mensonge est souvent davantage une manifestation de l’imaginaire enfantin qu’une réelle intention de vous « embobiner ». En effet, jusque vers l’âge de huit ou neuf ans, l’enfant ne fait pas toujours bien la différence entre l’imaginaire et le réel et il est souvent incapable de se mettre dans la peau de son interlocuteur, donc de bien saisir l’impact de ses mensonges. Il vous racontera alors des histoires abracadabrantes ou modifiera une histoire réelle afin de « l’améliorer », de la rendre plus intéressante. Par exemple, Alexandre aura vu un copain tomber à la garderie et vous racontera qu’il est tombé dans un trou ÉNORME et que personne n’a réussi à le sortir de là! Le mensonge chez le jeune enfant prend donc plus souvent l’allure d’un jeu. Il vérifie, veut voir si vous découvrirez la vérité; il fabule et s’invente des histoires ou tente simplement de rendre le quotidien moins terne.

La recherche d’attention

Certains jeunes découvrent vite l’avantage d’avoir des histoires intéressantes à raconter ou de vivre des expériences qui sortent de l’ordinaire. Ils réciteront alors des histoires fictives, où il leur arrive mille et une péripéties, pour capter l’attention de leurs amis; ils tenteront de vous faire croire qu’ils sont victimes de sévices à l’école de façon à attirer votre pitié et votre indignation ou joueront les grands malades afin d’être câlinés, etc.

Pour « sauver ses fesses! »

Le mensonge est souvent un mécanisme de protection lorsque l’enfant se sent attaqué; il ment alors pour éviter d’être puni, pour éviter de décevoir, de devoir écouter un « sermon », de se sentir coupable ou de perdre la confiance de l’adulte. Il tente parfois de se désengager relativement à ses erreurs, de se déculpabiliser, de fuir ses responsabilités ou de ne pas assumer les conséquences de ses actes. « C’est pas ma faute! C’est lui qui… » « Tous les autres le font! » « Ce n’est pas à moi! »

Pour avoir la paix

Ils auront parfois tendance à mentir lorsque vous posez trop de questions, que vous les encadrez à l’excès ou que vous vous inquiétez pour rien (à leurs yeux…). C’est souvent le principe de «  ce qu’on ne sait pas ne fait pas mal… » Ils vous mentiront alors pour se défaire d’une emprise trop étouffante, pour s’éviter des tonnes de reproches ou éviter de sentir qu’ils vous déçoivent.

Pour passer le temps… 

Il peut le faire seulement pour le fun, pour s’amuser à vous mettre en colère, pour voir s’il va réussir à vous embobiner. C’est un jeu plutôt amusant.

Pour l’adrénaline

Déjouer l’adulte, réussir à échapper à une contrainte ou à une conséquence peut déclencher un intense sentiment de puissance chez certains enfants qui risquent fort d’en apprécier les effets. En particulier, s’il a une faible estime personnelle ou s’il se sent vulnérable et « petit » par rapport à un adulte dominant.

Par opposition

Dans ce cas, l’enfant ment par défi, pour vous faire réagir et parce que vous détestez ça! Les mensonges seront « gros » et évidents de façon à déclencher un affrontement.

Parce qu’il a une faible estime de lui-même 

Il peut alors embellir la vérité pour se rendre intéressant et attirer l’attention, pour éviter de devoir faire face à ses erreurs ou encore s’inventer des maladies et des mélodrames pour attirer la pitié et l’amour.

 QUE DOIT-ON FAIRE?

argent Minimisez les gains

De façon générale, rappelez-vous que, plus les mensonges sont « payants », plus ils risquent de se répéter. Ainsi, si votre coco cherche de l’attention, restez un peu froid devant ses propos; s’il cherche la confrontation, ne réagissez pas, etc.

Insistez sur vos valeurs plutôt que sur le mensonge

S’il ment pour se déculpabiliser d’une erreur, n’insistez pas sur le mensonge et ne cherchez pas à prouver que vous aviez raison. Dites-lui clairement ce que vous croyez et ce que vous pensez de ses actes : « Tu dis que ces cigarettes ne sont pas à toi, mais je ne te crois pas. Je pense que tu as peur de ma réaction. Tu sais que je ne veux pas que tu fumes! » « Peu importe que ce soit toi qui aies commencé ou non! Je veux que tu te rappelles que c’est important pour moi de… » « Tu es assez vieux pour savoir ce qui est bien ou mal! Si tu juges que ce que font tes amis est mal, tu ne dois pas faire comme eux! »

Faute avouée est à demi pardonnée…

Mentionnez-lui que vous comprenez que c’est parfois difficile de dire la vérité et que vous appréciez les gens courageux. « Je crois que tu as peur de me décevoir. Mais si tu me dis la vérité, tu pourras être fier de toi. » Soulignez son courage s’il dit la vérité et diminuez la conséquence.

Dites-lui ce que vous croyez être la raison de son mensonge

« Je pense que tu as peur de ma réaction, de me décevoir… » «  Je pense que tu voudrais bien éviter de faire cette tâche » « Est-ce que ça se peut que tu sois fâché contre moi et que tu fasses ça pour me contrarier? » « Je pense que tu n’es pas fier de toi, hein! »

Ne faites pas d’enquête…

N’attendez pas d’avoir des « preuves » pour être conséquent. Si vous êtes certain qu’il a menti ou qu’il a fait quelque chose de répréhensible, appliquez la conséquence prévue au risque de vous faire accuser d’être injuste! Privilégiez toutefois la réparation de ses gestes aux punitions vides de sens (ex. : s’excuser, rembourser un bris, rendre service à la personne lésée, etc.).

Ne tendez jamais de piège

Par exemple, laisser traîner de l’argent pour voir s’il va le voler, lui demander comment ça s’est passé à l’école alors que son piègeprofesseur vous a téléphoné pour vous aviser qu’il s’était battu. Évitez de le pousser à mentir (même lorsque vous savez qu’il a tort) en demandant : « As-tu fait ça? » Il répondra instinctivement : « Non! »

Remettez en question vos réactions lorsqu’il commet une erreur

En effet, si vous réagissez excessivement ou punissez à l’excès, si vous avez une attitude accusatrice, sarcastique ou méprisante lorsqu’il commet des bévues (une bataille à l’école, par exemple), il peut devenir bien tentant pour l’enfant de mentir pour éviter cette situation. Ne le traitez jamais de menteur même s’il a menti (ni de quoi que ce soit d’autre non plus… voleur, égoïste, etc.).

Évitez de mentir à votre enfant?

Combien de parents ai-je vu raconter des bobards à leurs enfants pour éviter de devoir faire face à la déception ou la colère de ceux-ci ou encore pour faire peur à l’enfant et éviter de devoir appliquer une conséquence: « Non… maman ne peux pas t’acheter ce camion, je n’ai plus de sous… », « Des croustilles? Non il n’y en a plus… », « Fais dodo, sinon le bonhomme 7 heures va venir te chatouiller les orteilles! », « Si tu voles des bonbons, le policier va venir t’arrêter et te mettre en prison. » « Si tu n’es pas gentil, on ne reviendra plus jamais au restaurant! »  Un jour ou l’autre, l’enfant comprendra que vous lui  avez menti et il risque fort de comprendre que ce n’est pas si grave.

Lâchez prise

Rappelez-vous que les mensonges sont normaux et courants, tant chez les enfants que les adolescents. n’avez-vous jamais menti à vos parents? Votre enfant ne deviendra pas manipulateur pour autant, dans la mesure où ses entorses à la vérité ne lui rapportent pas trop de gains.

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À propos de Nancy Doyon

NANCY DOYON est éducatrice spécialisée et coach familial. Auteur du best-seller « Parent gros bon sens », elle est également présidente-fondatrice de l’entreprise SOS NANCY, qui offre des services de coaching familial dans la région de Québec. Formatrice et conférencière depuis plusieurs années, elle est aussi très active dans les médias à titre de chroniqueuse famille. Pionnière dans son domaine, elle a développé l’approche responsabilisante et fondé la toute première école de coaching familial au Québec à travers laquelle elle offre de la formation en coaching familial et du soutien clinique aux intervenants qui rêvent de devenir eux aussi des « Super Nanny. »