Savoir préparer les enfants à une séparation imminente

séparation parents

Faire équipe malgré la séparation…Par amour pour les enfants!

La décision de mettre au monde un enfant se fait généralement en couple, en équipe. Bien que chacun des parents puisse ensuite assumer des rôles différents auprès de l’enfant, il n’en reste pas moins que chacun d’eux est entièrement responsable de son choix et des mesures prises afin d’assumer adéquatement ses responsabilités familiales et ce, quel que soit le contexte et les difficultés rencontrées. Nous ne sommes pas parents que les jours de beau temps.

Or, en temps de séparation, avant, pendant et après celle-ci, il devient plus difficile que jamais de faire face à la fois aux émotions qui se bousculent, au stress et aux différentes démarches (déménagement, réorganisation, etc.) tout en s’assurant de répondre adéquatement aux besoins des enfants.  Mais on est parent pour la vie ! Coûte que coûte…

On peut devenir des « ex-conjoints » mais il n’existe pas « d’ex-parents. »

La grande remise en question

Vous êtes en grande remise en question sur votre couple et vous envisagez une séparation ou un divorce? Selon ce que racontent plusieurs personnes qui ont passé à travers le processus de séparation, la période qui précède la rupture, alors que rien ne va plus au sein du couple et que chacun est tenaillé par une multitude de sentiments douloureux et contradictoire, ce moment où on SAIT qu’il faut prendre une décision mais où on cherche désespérément à éviter la grande cassure, est généralement la période la plus pénible. Cette période, juste avant la décision finale, est souvent empreinte de tension et d’émotivité, de longues et pénibles discussions et parfois de fréquentes disputes. Le plus dur, c’est de prendre LA décision, disent plusieurs personnes. Certains couples vont aussi devoir cohabiter quelques temps après la rupture, ce qui peut engendrer un stress supplémentaire. Et les enfants ressentent souvent qu’il y a quelque chose qui cloche même si les parents font mine de rien.

Je dis souvent que les enfants ont une « antenne digne de la NASA » sur la tête. Ils captent les émotions de leurs parents, même les mieux cachées. Ils sont extrêmement sensibles au climat qui règne dans la maison. Même s’ils ne comprennent pas ce qui se passe, il est fort possible que l’on puisse noter des changements dans leurs comportements qui trahissent la tension qu’ils ressentent.

Une mère m’a raconté que son bébé se réveillait plusieurs fois par nuit, en hurlant, dans les mois qui ont précédés la séparation et qu’il a recommencé à faire ses nuits dès l’instant où elle a aménagé dans son nouvel appartement. J’ai aussi vu nombre d’enfants manifester des comportements agressifs ou anxieux à la veille de la dislocation de la famille et ce, même si les adultes faisaient tout pour tenir les enfants à l’écart de leurs querelles. Les comportements ont par la suite graduellement disparus après la rupture alors que les enfants faisaient lentement le deuil de la famille telle qu’ils l’avaient connu.

Toutefois, quel que soit l’âge de votre enfant, ne lui faite pas part de vos  doutes, de votre réflexion ou de vos remises en question face à votre couple. Ne lui annoncez la séparation que lorsque la décision est définitive et que le déménagement est imminent. S’il pose des questions ou constate vos désaccords, tentez de vous montrer rassurant, sans toutefois lui promettre que vous ne vous séparerez pas. Car lorsque vous lui annoncerez votre décision de rompre, si tel est le cas, il risque de se sentir berné. Ne faite qu’accueillir ses émotions et répondre minimalement à ses questions :

Enfant : « Est-ce que vous allez vous séparer maman et toi? »

Papa : « Tu as peur qu’on se sépare mon coco? Pourquoi donc? »

Enfant : « Parce que vous vous querellez souvent maman et toi? »

Papa : « Hum…tu trouves qu’on se chicane beaucoup? Ce n’est pas drôle pour toi hein? Les enfants n’aiment pas quand leurs parents ont des disputes. Comment te sens-tu? »

Enfant : « J’ai peur que vous vous divorciez, comme les parents de Julia! Je ne veux pas que vous vous sépariez! »

Maman : « Tu sais, les adultes, comme les enfants, ont parfois des désaccords et sont parfois en colère. Papa et moi on est parfois fâché l’un contre l’autre. Ça arrive. »

Quelques pièges à éviter 

  • Laisser planer la menace d’une séparation : Parfois, dans un désir de préparer doucement les enfants à ce qui s’en vient, certains parents commencent très tôt à leur parler de la possibilité d’une séparation ou lancent des messages subtils aux enfants tels que : « peut-être qu’on va déménager ». Ces messages risquent malheureusement de créer de l’inquiétude chez les enfants. Vaut mieux attendre que tout soit clair avant d’en parler.
  • Demander l’avis des enfants : « Aimerais-tu mieux qu’on vive juste toutes les deux, sans papa qui crie toujours ? » De cette façon,  le parent cherche, parfois inconsciemment, à se déculpabiliser de la séparation et tente de trouver, chez l’enfant, un allié dans sa décision. Mais en faisant cela, l’enfant risque de sentir qu’il porte, en partie du moins, le lourd poids de la responsabilité de la séparation de ses parents.
  • Impliquer l’enfant dans les querelles: « Maman trouve que je crie. Est-ce que tu trouves que je crie Victor ou bien
    conflit de loyauté

    conflit de loyauté

    papa ne fait que parler fort ? » Les enfants aiment généralement leurs deux parents et se sentiront mal s’ils doivent prendre parti pour l’un ou pour l’autre. Il est préférable d’éviter de demander leur avis aux enfants et aux adolescents, même s’ils sont témoins de la scène afin d’éviter le conflit de loyauté cité précédemment.

  • Prendre les enfants comme confidents : On est rarement tenté de le faire avec de jeunes enfants mais j’ai vu nombre d’adultes confier à leurs adolescents ou leurs enfants adultes leurs déceptions et les récriminations qu’ils ont envers leur conjoint. Or, il faut se rappeler que l’enfant, quel que soit son âge, n’a probablement pas envie de connaître toutes les erreurs et les défauts de ses parents, ni de jouer les arbitres dans vos conflits.  Si vous avez besoin de parler, vaut mieux se confier  à un ami ou un intervenant et laisser les enfants à l’écart de vos différents.

 

C’est décidé, on se sépare! 

On aimerait tant épargner à nos enfants les sentiments douloureux reliés à cette importante transition, mais c’est malheureusement impossible. Aucun parent n’aime voir ses enfants être tristes et la culpabilité hante ainsi nombre de parents qui doivent annoncer la rupture. La blessure reste inévitable, mais il existe toutefois quelques stratégies qui permettront de rendre la situation plus facile à vivre tant pour les parents que l’enfant.  Il n’existe rien de parfait en contexte de séparation et ce n’est pas si dramatique. Je vous invite donc à souligner ou prendre en note les moyens qui vous semblent applicables dans votre situation et à les mettre en place. Lâchez prise sur le reste.

Quand vient le temps d’annoncer la séparation aux enfants 

Se préparer… en équipe : Planifiez ensemble le moment et la façon dont vous annoncerez la séparation : qui dira quoi? Quelles sont les questions auxquelles on peut s’attendre? Que répondra-t-on? Le meilleur moment pour l’annonce est généralement de quatre à six semaines avant le déménagement. Évitez toutefois, autant que faire ce peut, d’annoncer la séparation juste avant un événement important tel que l’anniversaire d’un des enfants ou la période des fêtes. Ils risqueraient alors de faire une association émotive inconsciente (ancrage) entre l’événement et les émotions reliées à la séparation. De même, on évitera aussi de faire l’annonce juste avant une période d’examen ou un défi sportif important pour le jeune puisque le stress et les émotions risqueraient alors de nuire à sa concentration.

Idéalement, avant l’annonce aux enfants, vous aurez aussi prévu ensemble les principales modalités : quel type de garde vous aurez au départ, la date et l’endroit du déménagement s’il y a lieu, qu’est-ce que l’enfant amènera chez maman ou papa, etc. Plus vous pourrez fournir d’informations aux enfants quant à l’avenir, plus ils seront sécurisés.

Annoncer la séparation ensemble : Les enfants auront besoin de sentir que vous faites toujours équipe en ce qui les concerne, que vous êtes encore leurs parents. Répondez ensemble aux questions, le plus simplement possible, avec des mots de leur âge. Restez toutefois plus vague sur les raisons qui ont mené à la séparation. Ne rejetez la faute sur personne et ne dites pas qui, des deux parents, a quitté l’autre. Les enfants, même les adolescents, n’ont pas à connaître les détails de cette « décision d’adultes ». Vous pouvez utiliser une formulation qui ressemble à celle-ci : « Papa et maman s’aiment maintenant comme des amis mais ne sont plus amoureux. »  Aidez aussi vos enfants à comprendre que la séparation est définitive et qu’il ne servirait à rien de tenter de vous réconcilier. Ne laissez aucune porte entrouverte, car ils risqueraient de s’accrocher à cet espoir et  ainsi avoir du mal à progresser dans leur deuil. Évitez les formulations telles que : « peut-être » et « on verra » qui risqueraient de semer de la confusion en lui.

Rassurer les enfants : Les enfants, petits et grands, auront alors besoin d’être rassurés sur plusieurs aspects. La plus importantes est ’amour que vous leur portez puisque certains enfant pourraient craindre d’être abandonnés dans la séparation : « Papa et maman se séparent, mais on ne te quittera jamais et on va toujours continuer de t’aimer. Tu pourras nous voir tous les deux, mais pas en même temps…» Pour les plus vieux, c’est souvent la perte du réseau social qui causera des inquiétudes. Devra-t-il changer d’école? Perdre ses amis? Si oui, que ferez-vous pour lui permettre de revoir les gens importants pour lui? Assurez-vous également que les enfants savent qu’ils ne sont pas responsables de la séparation. Il arrive fréquemment que les enfants aient l’impression que si vous vous séparez, c’est en raison des querelles que vous pouvez avoir eu les concernant ou parce qu’ils n’ont pas été assez gentil. En ce sens, quelques jours après l’annonce, il peut être pertinent de revenir sur ce qu’ils ont compris et vérifier qu’ils ne pensent pas avoir une quelconque responsabilité dans votre décision.

Lors de l’annonce, il sera également important que les adultes se montrent forts et dégagent de la confiance. Les enfants se fient souvent sur la réaction des adultes pour évaluer la gravité d’un événement. Bien qu’il soit adéquat d’exprimer que vous êtes également triste de la situation, il faut éviter d’adopter une attitude dépressive et larmoyante. Quelques larmes de la part des adultes ne sont pas dramatiques, les enfants comprennent alors que les adultes éprouvent aussi des émotions. Mais vous devrez être là pour accueillir le désarroi des enfants et les réconforter. S’ils vous voient anéantis, ils risquent de d’être inquiets.  Si les enfants s’inquiètent de vous et cherchent à vous consoler, remerciez-les de leur empathie, mais rassurez-les et dites-leur que vous avez des gens pour vous soutenir. Et si vous n’arrivez pas à retenir vos sanglots, vaut peut-être mieux écourter la discussion et revenir quand vous aurez retrouvé la maîtrise de vous-même.

Faire preuve d’empathie : Suite à l’annonce, il vous faudra ensuite accepter et accueillir les émotions et sentiments, parfois douloureux, que vos enfants peuvent vivre et leur permettre de les exprimer à leur façon. Certains seront à l’aise d’en parler, d’autres préfèreront s’exprimer soit à travers le dessin, des jeux ou de l’activité physique. Ne les forcez pas à parler de ce qu’ils vivent mais gardez la porte ouverte : « Si tu as envie d’en parler, même si c’est pour m’exprimer ta colère, je serai disponible. » Ne cherchez pas à vous justifier et ne vous perdez pas en explications afin de les aider à « comprendre » dans l’espoir qu’ils ne soient pas tristes. Acceptez que la situation génère possiblement de la douleur, écoutez simplement ce qu’ils vous diront avec leurs mots et leurs gestes.  Reformulez, avec chaleur, ce qu’ils vous diront : « Ho! Tu es fâché? Tu crois que c’est ma faute? Oui, je comprends. Je suis désolée. Tu ne veux pas me parler pour l’instant? Oui, je comprends. Ok. Je vais attendre que tu sois prêt. »

Vous pouvez vous attendre à toute sorte de réactions de la part des enfants, selon leur âge et leur tempérament. Certains verseront quelques larmes puis retourneront jouer comme si rien n’était arrivé pour réagir quelques jours plus tard, d’autres vous assailliront de questions ou de reproches. Certains enfants font des crises de colère ou de larmes, d’autre s’isolent et refusent qu’on les approche. Certains, encore, vivent plutôt sereinement cette transition et se remettent vite sur pied. Une séparation n’est pas forcément dramatique.

Quelques pièges à éviter : 

  • Vouloir « dire la vérité » aux enfants : Trop d’adultes, sans penser aux conséquences et sous le prétexte de vouloir être honnête envers les enfants, sont tentés de raconter des choses que les enfants ne devraient pas savoir. Avant de donner un renseignement à vos jeunes, peu importe leur âge, demandez-vous en quoi cela améliorera leur vie. Est-ce que ça les fera grandir et se sentir mieux de savoir que maman a été infidèle ? Que papa est alcoolique ?  Que la pension alimentaire n’est pas payée ? Que l’un des parents ne désirait pas d’enfant ? Malgré la colère et la rancune, il faut se montrer honnête envers soi-même : pourquoi et pour qui est-ce que j’ai envie de divulguer cette information à mes enfants ? Dans le même ordre d’idée, il n’est absolument pas pertinent de révéler qui a décidé de la séparation ni sous quels motifs.
  • Surprotéger : Bien qu’on soit conscient que les enfants vivront une période difficile et qu’on tentera, bien entendu, d’adoucir le choc, il ne faut pas non plus tomber dans l’excès et tenter de les protéger de tout. Ainsi, dans les jours qui suivent l’annonce, faites bien attention de ne pas arrêter de vivre pour ne vous centrer que sur eux, de ne pas leur passer tout leurs caprices ni en faire trop afin de leur changer les idées. Les enfants sont beaucoup plus forts qu’on ne le croit, faites-leur confiance pour surmonter cette épreuve.
  • Vouloir la garde à tout prix : Bien des parents, des mères surtout, ont énormément de mal à se séparer de leurs enfants et peuvent être tenté de trouver toutes sortes d’explication pour justifier leur désir d’avoir la garde complète. C’est souvent l’anxiété qui leur fait craindre qu’il n’arrive quelque chose, même banal, à leurs enfants alors qu’ils ne sont pas présents pour les épauler. Le risque est alors grand de chercher des « preuves » que l’autre n’est pas assez compétent et que nous sommes le seul à pouvoir encadrer adéquatement la marmaille. Lorsqu’on est tenté de revendiquer la garde complète des enfants, il faut, encore une fois, faire un exercice d’intégrité et se demander, en toute honnêteté : « Je cherche à répondre au besoin de QUI ? Le besoin des enfants ou le mien ? »

 

2_LaFamilleUneSacreeEntreprise
Cet article est tiré et adapté du livre: La famille une sacrée entreprise, paru aux éditions de l’homme. Ce livre est un collectif d’écriture auquel j’ai participé avec plusieurs collègues. 

 

 

Refaire sa vie après une séparation sans sacrifier les enfants

Les affres et les joies de la recomposition familiale

SOS NancyHa! L’amour! L’amour est aveugle dit-on!  Après l’échec d’une première union, les gens, en particulier s’ils sont parents, sont généralement prudents, voire un peu méfiants avant de se laisser entraîner à nouveau dans l’aventure amoureuse. Mais le cœur a ses raisons… Malgré les blessures laissées par la fin de la précédente relation, on rencontre un jour une personne merveilleuse, qui nous donne envie d’y croire, de former un couple de nouveau, une nouvelle famille peut-être.

Vient généralement ensuite une sorte de lune de miel pendant laquelle chacun se découvre, entre en contact avec les enfants de l’autre. On se met alors à faire des activités familiales, on s’apprivoise, puis on parle un jour de cohabitation. C’est la grande aventure et quelle aventure! Malgré notre enthousiasme, on forme toujours une équipe parentale avec l’ex-conjoint qui ne réagit pas forcément bien à ce nouveau bouleversement. Les figures d’autorité se multiplient et les risques de mésentente sur l’éducation des enfants augmentent. Que peut-on faire pour mettre toutes les chances de notre côté et favoriser le bien-être de chacun ?

Prendre tout son  temps : Afin d’éviter de présenter successivement plusieurs conquêtes à vos enfants, attendez d’être plutôt confiant de vouloir vous engager dans la relation avant d’impliquer les enfants.  On ne peut jamais être certain qu’une relation va durer pour toujours, mais, au-delà des sentiments amoureux que vous éprouvez, il importe de prendre un peu de recul et de se demander si cette relation est viable compte tenu de votre réalité de parent et de vos personnalités respectives. L’amour est magnifique quand il nous envahis, mais pourquoi chambouler la vie de vos enfants si vous savez pertinemment que cette relation est vouée à l’échec ?

Ne soyez également pas trop pressé de présenter votre nouvel amour à la marmaille. Laissez-leur le temps de se faire à l’idée. Commencez par dire aux enfants que vous avez rencontré quelqu’un qui vous plait et que vous envisagez fréquenter. Attention au ton et aux mots que vous utiliserez : vous ne devez pas avoir l’air de leur annoncer une mauvaise nouvelle ! En même temps, un trop grand enthousiasme de votre part pourrait éveiller en eux des sentiments de jalousie. Utilisez le même ton que si vous aviez fait la rencontre d’une personne qui risque de devenir votre ami.

S’ils réagissent mal, ne vous mettez pas sur la défensive. Écoutez et accueillez leurs émotions et tentez de décoder leurs inquiétudes. Ont-ils peur que cette personne prenne la place de leur autre parent ? Craignent-ils de perdre votre amour ? Penses-t-ils qu’ils devront déménager à court terme ? Laissez-leur tout l’espace nécessaire pour s’exprimer et tentez de les rassurer sans dramatiser. Prévenez aussi votre ex afin d’éviter qu’il ou elle n’apprenne la nouvelle via les enfants et ne réagisse mal devant eux. En effet, si l’enfant voit son parent pleurer à l’annonce de l’arrivée d’une nouvelle personne dans la vie de son autre parent, il risque de détester instantanément cet intrus.

Attendez ensuite quelque temps avant de leur présenter votre nouvelle flamme. En attendant, cherchez à éveiller leur intérêt et leur curiosité en parlant (de temps à autre et non sans arrêt !) de cette personne aux enfants, en leur montrant des photos et en disant qu’elle a bien hâte de les rencontrer.

imagesCAPG8M18Pour le premier contact, prévoyez une très courte activité qui permettra à chacun de s’apprivoiser sans être trop engageante. Évitez le souper officiel avec dodo chez l’autre. Vous pourriez, par exemple, pratiquer ensemble une courte activité sportive, faire un pique-nique ou aller au cinéma. Assurez-vous simplement que la rencontre se déroule dans un contexte de plaisir et exempt de stress. Si chacun a des enfants, il peut être pertinent de faire les présentations en deux temps : le copain ou la copine d’abord, ensuite les enfants. Au début, faites également attention à ne pas imposer la présence de votre nouvelle flamme trop fréquemment et ne négligez pas de passer aussi du temps seul avec vos enfants.

N’espérez pas le coup de foudre ! Laissez à chacun le temps de s’apprivoiser : Si vous êtes devenue instantanément amoureux de cette personne, il se peut que vos enfants aient besoin d’un peu plus de temps que vous avant de voir toutes ses qualités… et celles de sa marmaille !

Dans le même ordre d’idée, n’impliquez pas trop rapidement votre amoureux (se) dans les interventions du quotidien. Il(elle) doit créer doucement un lien significatif  avec chacun des enfants à travers le plaisir et sans se mêler trop de leur éducation puis, progressivement, devenir un(e) conseiller(ère) auprès d’eux et intervenir sur de petites choses du quotidien. Les grosses décisions et les interventions importantes telles que les conséquences et punitions doivent continuer d’être la responsabilité des parents et le beau-parent devrait éviter de s’en mêler.

Clarifier les attentes : Bien qu’en début de relation on veuille généralement éviter de mettre trop de pression à l’autre, il vous faudra, assez rapidement, avoir une conversation avec votre nouveau partenaire concernant ses attentes, les vôtres et son rôle dans la vie de vos enfants. Vérifiez d’abord qu’il comprend et accepte que vous avez des enfants que vous chérissez et dont vous devez vous occuper et un(e) ex avec qui vous devrez toujours faire équipe pour le bien des enfants. Les enfants et l’ex font partie du « deal », et les besoins (non les caprices) des enfants vont toujours être prioritaires à tout le reste. Est-ce que votre amoureux est prêt à composer avec cela ?

Clarifiez aussi, assez tôt dans la relation, son rôle de belle-mère ou de beau-père et quelle place vous désirez qu’il ou elle prenne dans la vie de vos enfants : jusqu’à quel point souhaitez-vous que l’autre s’implique dans les décisions concernant les enfants ? Souhaitez-vous le voir intervenir devant les comportements inappropriés des enfants ? Si oui, lesquels ? Quelle relation souhaitez-vous qu’ils établissent ?

Selon l’âge des enfants, il peut aussi s’avérer intéressant d’avoir une discussion ouverte afin d’exprimer les attentes de chacun face à cette nouvelle situation. Qu’attendez-vous, exactement, de vos enfants, lorsqu’ils sont en présence de votre nouvel amoureux et de ses enfants ? Eux, comment espèrent-ils que la situation se vive ? Quelles sont leurs attentes envers vous ? Envers l’autre personne ? Une discussion franche et ouverte peut vous éviter bien des frustrations par la suite.

Quelques pièges à éviter

  • Mettre vos enfants en cage : Ne tombez pas dans le piège de tellement espérer que votre nouvel amour aime vos enfants que vous les assommez, avant la rencontre, d’une tonne de consignes et restrictions pour ensuite passer votre temps à intervenir sur des peccadilles. Bien entendu, vous pouvez émettre quelques consignes et attentes avant le grand moment, mais éviter de mettre trop de pression à vos enfants qui risqueraient alors de se conduire encore plus mal en raison du stress.   Vous ne terminerez pas leur éducation en une soirée et votre amoureux doit accepter que des enfants ne se conduisent pas toujours parfaitement. Il doit vous aimer, tous, tel que vous êtes car tôt ou tard, le vernis s’écaillera et vos enfants et vous-même retrouverez votre naturel.
  • Éveiller la jalousie : Évitez les grandes démonstrations d’affection devant les enfants au début de la relation et évitez d’en faire trop pour montrer a quel point votre nouvelle flamme est extraordinaire.  Si vous parlez de lui ou d’elle sans arrêt avec les yeux remplis d’étoiles, vos enfants pourraient penser que quelqu’un manigance afin de voler votre amour. Alors, assurez-vous de donner à vos enfants leur juste ration d’affection et de mots d’amour avant de couvrir votre douce moitié de baisers enflammés.
  • Trop pour être aimé des enfants du conjoint : Bien qu’il soit de votre devoir d’apprivoiser les enfants de votre conjoint, éviter de multiplier les efforts pour en faire vos alliés. Nul besoin de les couvrir de cadeaux, de faire le clown ou d’adopter un ton mielleux. Contentez-vous d’être vous-même, d’être gentil, patient et de simplement vous intéresser à eux. Et ne vous en faite pas si le courant ne passe pas tout de suite, ni même s’ils vous rejettent au départ. Laissez le temps aux enfants de constater que vous n’êtes pas un rival et permettez-vous de vous apprivoiser les uns les autres.

Quelques questions à se poser avant d’aller habiter ensemble

Face à soi-même :

  • Est-ce que j’ai envie de jouer le rôle de beau-père ou belle-mère avec ses enfants? 
  • Suis-je prêt à laisser mon conjoint jouer un rôle dans l’éducation de mes enfants?

Face au nouveau conjoint :  

  • Cette personne aime-t-elle mes enfants ? 
  • Est-ce qu’elle sera un bon modèle pour mes enfants ? 
  • Semblez-vous avoir des valeurs éducatives semblables ?  
  • Est-ce que je me vois, à long terme, avec cette personne et est-ce que je m’imagine partager le quotidien avec lui ou elle?
  • Quels sont les éléments qui risquent de créer des tensions dans notre couple?
  • Quelles sont nos forces, les ressources qui nous permettrons de surmonter les écueils ?
  • Avons-nous sensiblement les mêmes valeurs face à l’éducation des enfants?
  • Est-ce que j’aime sa façon d’être un père ou une mère?

Face aux enfants :

  • Est-ce que j’aime ses enfants et est-ce que je me vois bien partager le quotidien avec eux?
  • Suis-je prêt à les accepter tels qu’ils sont, sans chercher à refaire leur éducation d’un bout à l’autre?
  • Est-ce que mes enfants sont prêts à partager le quotidien de mon conjoint et de ses enfants?
  • Est-ce que les enfants s’entendent bien entre eux généralement?
  • Est-ce que mes enfants ont une bonne capacité d’adaptation?
  • Est-ce que l’âge, les besoins ou les spécificités de chacun de vos enfants seront des obstacles à votre relation ? 
  • En additionnant vos enfants et les siens, est-ce que le portrait vous plaît toujours?

Finalement, rappelez-vous que vous avez choisi ce nouveau partenaire, eux non. Et se voir imposer une nouvelle famille, un nouveau milieu de vie et de nouvelles règles représente souvent un bouleversement majeur qu’ils sont en droit d’appréhender.  Mais, en bout de ligne, bien que des ajustements et quelques secousses soient à prévoir, la recomposition familiale peut toutefois s’avérer une formidable et enrichissante pour toute la famille.
mo_9782761942614Cet article est tiré du livre: La famille une sacrée entreprise, paru aux éditions de l’homme. Ce livre est un collectif d’écriture auquel j’ai participé avec plusieurs collègues.