Oui ou non au retrait comme méthode éducative?

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Est-ce une bonne idée d’envoyer un enfant en retrait à sa chambre ou au coin lorsqu’il se conduit mal?

Quelles sont les indications et contre-indications de cette méthode d’intervention? 

Depuis quelque temps je vois régulièrement circuler sur le web des articles qui décrient l’utilisation du retrait ou du « time out » comme méthode éducative auprès des enfants. Certains auteurs vont jusqu’à dire que cette méthode d’intervention est violente, représente une forme de rejet et est anxiogène pour l’enfant. Je reçois donc nombre de questions de parents inquiets qui craignent d’avoir traumatisé leurs bambins en appliquant une méthode qui leur semblait pourtant adéquate.

Voici ce que j’en pense: « ÇA DÉPEND! »

 

Ça dépend de quoi? 

Ça dépend de l’âge de l’enfant (avant 2 ans c’est rarement efficace);

Ça dépend de l’endroit et de la durée du retrait;

Ça dépend du comportement qu’a eu l’enfant;

…et ça dépend surtout de COMMENT le retrait est appliqué!

 

Mais qu’est-ce que cette technique? 

Le retrait consiste à mettre l’enfant à l’écart pendant quelques minutes lorsqu’il a eu un comportement agressif ou inadéquat. Généralement, les spécialistes suggèrent un retrait équivalent à une minute pas année d’âge ( 5 ans = 5 minutes).

 

Ce que j’en pense? 

Selon moi, le retrait ne devrait jamais être une punition. Il devrait davantage représenter une mesure d’aide permettant de favoriser le retour au calme ou l’arrêt d’agir qu’une mesure punitive. Il ne devrait pas viser à faire vivre un malaise important à l’enfant, mais plutôt lui permettre de se poser, de se calmer et de revenir à une attitude de collaboration. On retire donc l’enfant afin de l’aider à se calmer s’il est en colère ou s’il est trop agité, ou encore on lui demande de se retirer si son attitude est inadéquate ou qu’il refuse de collaborer aux consignes et au règles.

Ce qu’on cherche à entraîner c’est: 

« Quand je suis en colère, que je n’arrive plus à me maîtriser ou lorsque je n’arrive pas à être agréable avec mon entourage,

Je me retire dans un endroit calme

Je prends soin de moi

Je prends des moyens pour me calmer et reprendre la maîtrise de mes émotions

Ensuite j’en discute avec la personne concernée. »

C’est, en fait, ce que tout adulte devrait faire aussi non? Le reste du temps, si une conséquence est nécessaire, les conséquences naturelles et logiques restent préférables.

Voir l’article sur les conséquences

Quels sont les endroits de retrait à privilégier et ceux à éviter? 

Puisque l’objectif n’est pas punitif, le lieu de retrait devrait être relativement agréable pour l’enfant: sa chambre, un coin à l’écart au salon, la table de la cuisine, une petite tente, etc.  On peut également y laisser quelques objets ou petits jeux susceptibles d’aider l’enfant à se calmer: toutous, doudou, blocs Lego, livres, jouets sensoriels, matériel pour dessiner, etc. Ma soeur retirait souvent ses enfants sur le canapé du salon, avec leur doudou, en disant: « Viens te reposer un peu, ça te fera du bien. » Si l’enfant refusait de rester là, elle montait avec lui à sa chambre. Pourquoi pas? Puisque l’objectif est d’aider l’enfant à revenir à de meilleurs sentiments. Il m’est même arrivé de retirer un enfant dans sa salle de jeu afin qu’il retrouve sa bonne humeur! Chez les plus vieux, on pourra même offrir à l’enfant d’aller marcher, le temps de se calmer.

Dans certains cas, en particulier avec les tout-petits ou avec les enfants au tempérament anxieux, il sera préférable que l’adulte accompagne l’enfant en retrait ou reste tout près afin de favoriser la sécurité affective de l’enfant. L’adulte pourra alors guider l’enfant dans l’application de stratégies afin de retrouver son calme ( respirations, détente, etc.). Pour ma part, il m’arrivait souvent de masser ma fille lors de retraits ou de la prendre dans mes bras. D’autres enfants auront plutôt besoin d’être seuls. L’adulte pourra alors s’éloigner et dire à l’enfant qu’il reviendra lorsqu’il sera plus calme. On pourra alors venir vérifier, toutes les cinq à dix minutes, l’état de l’enfant et sa capacité à collaborer.

En ce sens, vous comprendrez que je ne suis pas très partisane du retrait au coin, dans l’escalier, sur une chaise ou un banc « de réflexion » puisque, généralement, ils sont humiliants pour l’enfant et génèrent chez-lui la colère et le ressentiment. De toute façon, ce qu’on tente d’entraîner l’enfant à faire c’est de se retirer lorsque ça ne va pas et de prendre soin de lui pour revenir à de meilleurs sentiments. Personnellement, si j’ai besoin de me calmer lors d’une querelle avec mon copain, ce n’est pas en me plantant le nez dans un coin que je réussirai à me calmer et retrouver le goût de collaborer avec lui!

Quant à la durée, je n’adhère pas non plus à la notion du « une minute par année d’âge » puisque les enfants ont besoin d’un temps variable pour se calmer. On ne va simplement pas prolonger le retrait plus longtemps que nécessaire. Quand l’enfant est calme et collaborateur, le retrait se termine. Toutefois, s’il y a eu gestes de violence ou insultes, il est possible que l’enfant doive assumer une conséquence supplémentaire (Voir l’article sur les conséquences)

Je vous invite à visionner cette vidéo pour mieux saisir mon point de vue sur le retrait au coin: 

Exemples de retraits: 

Mathieu est à la garderie. Ce matin il est très agité, ne respecte pas les consignes et dérange les copains lors de l’activité de groupe. Son éducatrice le retire de l’activité et l’envoie dessiner sur une table à l’écart, le temps qu’il se calme et qu’elle puisse animer son activité.

Justine n’aime pas le repas et est en colère contre sa mère qui a refusé de lui cuisiner autre chose. Elle refuse de manger, ne cesse de rouspéter lors du repas et garde une attitude désagréable malgré les explications de ses parents. Ils la retirent de table et lui demandent d’aller relaxer à sa chambre le temps qu’ils terminent leur repas.

Maxime et Antoine se querellent sans arrêt ce matin. Chacun à leur tour, ils provoquent l’autre et papa sent très bien que les cris et les coups ne tarderont pas. Il envoie ses deux garçons jouer chacun dans leur chambre  pendant quelques minutes afin de faire baisser les tensions.

Simone, 3 ans, fait une bonne grosse crise de colère parce que sa mère refuse de lui donner une 2ème portion de dessert. Malgré l’accueil et les explications de ses parents, elle crie et lance son verre de lait. Papa la prend dans ses bras et se retire avec elle à sa chambre afin de l’aider à se calmer. Toutefois, l’enfant frappe et tente de mordre son père. Monsieur sort donc de la chambre en disant à sa fille:  » Calme toi un peu, respire, papa est juste à côté. » Papa reste près de la porte et s’assure que la fillette ne se blesse pas. Quand elle cesse de frapper, il entre et l’aide à finir de se calmer.

 

10 éléments essentiels afin d’appliquer la méthode du retrait

  1. Le retrait n’est pas une punition mais un moment de pause pour se calmer;
  2. On doit trouver un endroit de retrait à l’écart, agréable et rassurant pour l’enfant ( selon son âge, son tempérament, la configuration de la maison, la fratrie, etc.) L’enfant peut d’ailleurs avoir le choix entre 2 espaces de retrait;
  3. Lors du retrait, vaut mieux permettre à l’enfant de s’occuper à quelque chose qui lui fait du bien et qui l’aide à se calmer ( lire, écouter de la musique, jouer avec ses blocs, etc.);
  4. La télé et les jeux vidéo ne devraient pas être permis lors d’un retrait puisqu’ils augmentent la charge émotive et\ou permettent l’évitement des émotions et non la gestion de celles-ci;
  5. Ce qui fait TOUTE la différence dans l’utilisation du retrait ( ou de n’importe quelle technique!), c’est d’abord l’attitude de l’adulte! L’adulte doit être ferme, calme et emphatique: « OK, ça ne va pas mon coco. Viens avec moi on va aller se calmer un peu. »;
  6. Le retrait doit être motivé par le comportement et les besoins de l’enfant et non appliqué quand le parent est à bout de nerfs. « Tu es retiré parce que TU as besoin de te calmer et non parce que maman en a marre de toi. »;
  7. L’adulte peut accompagner l’enfant en retrait ou rester à proximité si celà semble être le besoin de l’enfant;
  8. La durée du retrait sera variable en fonction des besoins et de l’état de l’enfant. C’est l’adulte qui détermine le moment de la fin du retrait. Il se termine lorsque l’enfant est revenu au calme et prêt à collaborer;
  9. Le retrait ne doit pas être prolongé inutilement;
  10. À la fin d’un retrait, il est préférable de faire un court retour sur la situation afin de rassurer l’enfant et de bien camper nos attentes.

Le retrait à toutes les sauces? 

Attention, le retrait n’est qu’une des techniques d’intervention permis tant d’autres et ne devrait être utilisée qu’occasionnellement. De plus, bien qu’il permette un retour au calme chez l’enfant, il n’est pas suffisant afin d’enseigner la saine gestion des émotions. Si vous constatez que votre enfant s’emporte régulièrement, il vous faudra chercher à comprendre ce qui se passe et tenter de travailler à la source du problème.

Nous offrons plusieurs outils afin de vous aider dans la gestion de la discipline et du quotidien avec vos enfants. 

Textes complémentaires: 

Cessez de répéter, ils ne sont pas sourds

Conséquences ou punitions

Oui ou non au retrait comme méthode éducative? 

 

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À propos de Nancy Doyon

NANCY DOYON est éducatrice spécialisée et coach familial. Auteur du best-seller « Parent gros bon sens », elle est également présidente-fondatrice de l’entreprise SOS NANCY, qui offre des services de coaching familial dans la région de Québec. Formatrice et conférencière depuis plusieurs années, elle est aussi très active dans les médias à titre de chroniqueuse famille. Pionnière dans son domaine, elle a développé l’approche responsabilisante et fondé la toute première école de coaching familial au Québec à travers laquelle elle offre de la formation en coaching familial et du soutien clinique aux intervenants qui rêvent de devenir eux aussi des « Super Nanny. »