Drames familiaux: Que dire aux enfants?

shutterstock_367939625Maman, pourquoi il a tué ses enfants le monsieur?

Que peut-on répondre aux questions de nos enfants lors des drames familiaux? 

Le récent drame, très médiatisé, dans lequel deux fillettes ont perdu la vie alors qu’elles étaient avec leur père nous a tous laissé sans voix. Cette horrible histoire fait malheureusement écho à de trop nombreuses histoires d’horreur similaires. On se demande tous comment un parent peut s’en prendre à ses enfants.

Mais alors que nous, adultes, sommes bouleversés par ces tragiques événements, qu’en est-il de nos enfants? Difficile de protéger leurs oreilles alors que la télé, la radio et tous les adultes qui les entourent en parlent sans arrêt avec beaucoup d’émotion. Que devrait-on leur dire?

Protéger les jeunes enfants

Tout d’abord, on doit tenter de tenir les jeunes enfants (jusqu’à 6 ans), loin des images du drame et tenter de ne pas en parler devant eux puisqu’ils auront bien du mal à comprendre la situation et même à exprimer leurs craintes et émotions. Toutefois, si on pense qu’ils ont eu conscience du drame et qu’ils posent des questions ou semblent bouleversés,  il est important d’aborder le sujet avec eux et ce, dès l’âge de trois ou quatre ans, avec des mots simples et adaptés à leur âge.

Ouvrir la discussion

On se doit d’abord de prendre le temps de bien cerner ce qu’ils savent et surtout ce qu’ils ont compris des informations auxquelles ils ont été exposés. En effet, les enfants peuvent parfois mélanger des brides d’informations et y ajouter des éléments de leur imaginaire ou de leur vécu.

On commence par lui demander s’il a entendu parler de l’événement. Ensuite, on le laisse parler pour cerner ce qu’il sait et ce qu’il a compris. Si son imagination prend le dessus sur les faits ou s’il rapporte des faussetés, on rectifie ce qu’il n’a pas tout à fait compris, mais sans ajouter trop d’informations. On reste tout aussi concis quand on répond à ses questions.

Si l’enfant vous questionne sur la situation, n’entrez pas dans les détails morbides mais répondez directement et clairement à ses questions sans ajouter d’informations supplémentaires.

Ne vous hasardez pas à tenter d’expliquer le geste du père. C’est, de toute façon, incompréhensible.  En disant des choses comme: « Il devait être malade dans sa tête » ou « il était surement très triste », votre enfant pourrait se mettre à vous craindre lorsque vous serez malade ou triste.

Écouter

On doit ensuite ouvrir la porte à l’expression des émotions et des peurs reliées à la situation. Posez des questions directes et validez l’émotion de l’enfant sans nécessairement le rassurer tout de suite :

« Comment te sens-tu par rapport à ce qui est arrivé? », « As-tu peur quand tu penses à ce qui est arrivé? », « Qu’est-ce qui te fais peur? », « Oui, c’est tellement triste n’est-ce pas? ». Laissez-le en parler aussi souvent et aussi longtemps qu’il en ressentira le besoin.

Donc, on écoute d’abord, puis… on écoute encore. Faites attention à ne pas trop chercher à le rassurer trop rapidement, vous risqueriez de bloquer l’expression de ses émotions. Il vaut mieux, au départ, accueillir et valider ce qu’il vit. En le faisant parler et en l’écoutant, on permet à notre enfant d’extérioriser ses émotions négatives. Il peut aussi dessiner ce que cette situation lui fait vivre ou faire un dessin pour les enfants décédés.

Si l’enfant ne semble pas vouloir en parler, n’insistez pas mais parlez un peu de votre ressenti : « Moi je trouve ça vraiment triste ce qui est arrivé, ça me brise le coeur. Moi non plus je ne comprends pas. »
Les enfants ne comprennent pas tout ce qui se passe, ils se fient sur la réaction des adultes. Plus les adultes leur semblent ébranlés, plus ils comprennent que c’est grave et risquent de développer des peurs et de l’anxiété. Donc il est important de faire attention à nos réactions et à ce qu’on dit, même si les enfants ne semblent pas nous écouter. Si vous semblez inquiets et bouleversés, ils ne vous croiront pas quand vous allez leur dire de ne pas s’inquiéter.

Rassurer

Ce ne sera qu’après avoir laissé l’enfant s’exprimer librement qu’on le rassurera finalement en lui expliquant que ce genre de situation ne risque pas de lui arriver. Certains enfants pourraient craindre que leur propre père s’en prenne à eux. Si c’est le cas, il pourrait être important que papa prenne part à la discussion et rassure les enfants.

On peut aussi conclure en encourageant le jeune à faire quelque chose susceptible de lui faire du bien,
comme de se changer les idées, accepter un gros câlin ou encore pleurer si ça lui fait du bien.

Il est aussi important de savoir que l’enfant risque de revenir quelques fois sur la situation dans les shutterstock_11837170prochains jours, afin d’exprimer une nouvelle émotion ou de poser de nouvelles questions. Chaque fois, on prendra deux ou trois minutes pour recevoir ce que  nous dit l’enfant, pour le rassurer quelque peu
puis changer de sujet afin de ne pas alimenter les pensées négatives de l’enfant. Évitez toutefois de banaliser ses inquiétudes en disant des phrases comme : « Arrête de parler de ça! Va jouer! » Les gestes d’affection comme les câlins et les bisous sont également des façons de montrer à votre enfant que vous êtes présent et que vous le protégez.

Consulter

Si l’enfant est directement touché par la tragédie parce qu’il connaissait les enfants,  il vaut mieux consulter des professionnels pour obtenir de l’aide.

En terminant, certains enfants, plus sensibles ou plus anxieux que d’autres, peuvent développer des symptômes d’anxiété importants à la suite d’une situation semblable. Ainsi quelques enfant
pourraient souffrir de cauchemars récurrents, perte d’appétit, questions
incessantes ou jeu répétitifs représentant la scène, hypervigilance, sursaut continuels, anxiété de séparation, inquiétudes démesurées, sembler «déconnecté » de ses émotions de façon non habituelle, attitude figée, perte de plaisir ou développer des réactions très agressives.

Il sera donc important, dans ce cas, de ne pas hésiter à consulter un spécialiste. Les psychologues sont généralement les meilleurs intervenants dans ces situations e
t il suffit souvent que quelques rencontres afin de régler le problème

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À propos de Nancy Doyon

NANCY DOYON est éducatrice spécialisée et coach familial. Auteur du best-seller « Parent gros bon sens », elle est également présidente-fondatrice de l’entreprise SOS NANCY, qui offre des services de coaching familial dans la région de Québec. Formatrice et conférencière depuis plusieurs années, elle est aussi très active dans les médias à titre de chroniqueuse famille. Pionnière dans son domaine, elle a développé l’approche responsabilisante et fondé la toute première école de coaching familial au Québec à travers laquelle elle offre de la formation en coaching familial et du soutien clinique aux intervenants qui rêvent de devenir eux aussi des « Super Nanny. »