Qui suis-je? Où vais-je? La construction de l’identité chez l’adolescent.

shutterstock_794156542À la fin de son secondaire, je discutais avec ma fille des nombreux changements qui se sont opérés en elle et dans notre relation au cours de ses années de secondaires. Elle me dit alors, mi figue, mi raisin:

« Vers 14 ans, quand j’entendais les adultes dire que les adolescents se cherchent, je trouvais ça tellement cliché et j’était un peu insultée. Mais c’est TELLEMENT vrai! J’ai changé cent fois de style vestimentaire, d’amis et d’opinion sur différents sujets dans les cinq dernières années! Et je ne suis même pas certaine que je sais plus qui je suis aujourd’hui. » Effectivement, elle a encore changé par la suite et elle est toujours en pleine évolution à 21 ans. 

L’identité, c’est la représentation que nous avons de nous-même et elle est intimement liée à l’estime de soi. L’un des enjeux importants de l’adolescence et du début de l’âge adulte est la quête de soi. L’adolescent doit apprendre à se connaître, commencer à se définir. Qui suis-je? Qu’est-ce que j’aime ou non? Quel est mon type de personnalité? De qui ai-je envie de m’entourer? Quelle est mon opinion sur divers sujets? En quoi est-ce que je me distingue de ma famille et mes amis et en quoi je leur ressemble?  C’est la période des miroirs et des selfies alors que le jeune se préoccupe souvent exagérément de son apparence et de ce que les autres pensent de lui. Il vit également de grandes préoccupations autour de la normalité. 

Cette recherche identitaire se poursuivra encore pendant quelques années et sera caractérisée par de nombreux changements de style vestimentaire, des opinions variables, une mouvance des amitiés et des valeurs en émergences mais encore très fluctuantes. Ainsi, Anne-Sophie qui est présentement végétarienne parce qu’elle a découvert la manière brutale dont sont traités les animaux sera peut-être très carnivore dans deux ans, et Julien qui ne jure que par le sport cette année pourrait bien vous avouer l’an prochain qu’il n’a jamais vraiment aimé jouer au hockey et ne le faisait que pour ressembler à ses copains. 

 

Alors que jusqu’à récemment il ne connaissait de lui que ce que son entourage lui avait dit, l’adolescent est maintenant davantage en mesure de s’auto-observer et voir les différentes facettes de sa personnalité. Même si l’identité et l’estime de soi sont encore très fragiles et liés à ce que l’entourage lui reflète, il arrive tout de même de plus en plus à porter un regard sur lui-même: ce qui le distingue de son entourage et du reste de la famille, ses forces, ses aptitudes et ses défis (je n’aime pas trop parler de défauts pour un humain en pleine construction).

Capture d’écran 2020-08-20 à 14.56.43Le jeune devra aussi réfléchir à ce qu’il désire devenir comme personne. Il pourra progressivement mieux définir ses goûts et préférences, ses opinions, les amis desquels il a envie de s’entourer et le genre de personne qu’il désire être. Il va alors chercher à modéliser certaines idoles, commencer à rêver de son avenir mais aussi scruter son entourage ( en particulier ses parents) en observant aussi ce qu’il ne désire PAS être. « En tout cas, moi je ne veux pas devenir gros comme mon père alors moi je vais m’entraîner et faire attention à mon alimentation » « Mon amie Justine parle sans arrêt en mal des autres! En tout cas, moi je ne veux pas être comme ça. »  C’est grâce à cette connaissance de soi que le jeune pourra ensuite, dans les prochaines années, faire ses choix de vie et de carrière.

Danie Beaulieu, une conférencière bien connue au Québec disait ceci: «  À l’adolescence, les jeunes essaient des personnalités comme on essaie des paires de gants, jusqu’à ce qu’ils trouvent celle dans laquelle ils sont confortables. »

Ne vous inquiétez donc pas trop si votre jeune reviens de l’école avec un piercing dans le sourcil en décrétant qu’il est anarchiste puisqu’il est fort probable qu’il ne sache pas trop ce que ça implique et qu’il change d’avis la semaine prochaine.

Que faire? 

  • Aidez-le à mieux se connaître, à se questionner sur divers aspects. «Toi, qu’est-ce que tu veux présentement dans ta vie? Pour toi, c’est quoi l’amitié? De quel genre d’amis as-tu envie de t’entourer? Quels enseignants préfères-tu? Pourquoi? » 
  • Écoutez sans passer votre temps à lui donner des conseils ou désapprouver ce qu’il dit.
  • Permettez et encouragez (parfois) la négociation et  l’argumentation. Bon, bien qu’il soit quelque peu exaspérant de devoir se batailler sans arrêt pour des peccadilles il faut tout de même se rappeler que la capacité à exprimer et défendre son point de vue est une habileté qui pourra servir un jour. Il faut donc prendre son mal en patience et tolérer une certaine part de contestation.
  • Apprenez-lui à réfléchir. Cessez d’être toujours derrière votre enfant pour lui dicter sa conduite ou solutionner ses problèmes. Ainsi, plutôt que de dire: « Justin, viens t’assoir à la table, c’est l’heure de tes devoirs. » on pourra dire: « Quand comptes-tu faire tes travaux scolaires? » Avec Sophia qui vit une difficulté avec son enseignante, plutôt que de régler la situation ou même de lui suggérer quoi faire, il sera plus pertinent d’amener la jeune fille à trouver ses propres solutions: «  Comment te sens-tu là-dedans? Que comptes-tu faire? Quelles sont les différentes solutions? »
  • Faites confiance! En bout de ligne, il faut surtout faire confiance. Car, en cette période de grands bouleversements pour notre jeune, il aura par dessus tout besoin de sentir la confiance de ceux qui l’entourent.

 

 

À propos de Nancy Doyon

NANCY DOYON est éducatrice spécialisée et coach familial. Auteur du best-seller « Parent gros bon sens », elle est également présidente-fondatrice de l’entreprise SOS NANCY, qui offre des services de coaching familial dans la région de Québec. Formatrice et conférencière depuis plusieurs années, elle est aussi très active dans les médias à titre de chroniqueuse famille. Pionnière dans son domaine, elle a développé l’approche responsabilisante et fondé la toute première école de coaching familial au Québec à travers laquelle elle offre de la formation en coaching familial et du soutien clinique aux intervenants qui rêvent de devenir eux aussi des « Super Nanny. »