Les pour et les contre du co-dodo…et jusqu’à quel âge le pratiquer?

thFIJ670TREst-ce préjudiciable de dormir avec son enfant?

Qu’est-ce que c’est?

Le co-dodo est le fait que l’enfant dorme avec l’un ou l’autre de ses parents (ou les deux), dans le lit conjugal ou dans le sien. Cette pratique, très courante dans certains pays, suscite de vives réactions au Québec, tant de la part de ceux qui sont pour que de ceux qui sont contre. Sur les réseaux sociaux, le débat dégénère souvent en jugements et commentaires acerbes. Les uns accusent les autres de gâter leurs enfants, de nuire à leur sécurité ou de manquer d’autorité, alors que de l’autre côté, on juge les parents égoïstes et on leur reproche de ne pas répondre adéquatement aux besoins de bébé. Mais quels sont les arguments des deux parties?

Arguments pour le co-dodo

  • Consolide le lien d’attachement entre le parent et le nourrisson.
  • Favorise la sécurité affective du bébé et de l’enfant.
  • Facilite la tâche de la maman lors de l’allaitement la nuit.
  • Calme les cauchemars et les terreurs nocturnes des jeunes enfants.
  • Permet une meilleure surveillance de l’enfant, entre autres quand il est malade.

Arguments contre le co-dodo

  • Danger d’étouffement du bébé : édredon, oreillers, parent.
  • Risque que l’enfant prenne l’habitude de dormir avec ses parents et qu’il ait ensuite du mal à retourner dormir seul dans son lit.
  • Risque de lien fusionnel mère-enfant.
  • Selon Freud, le fait de dormir avec ses parents, surtout dans le lit conjugal, peut nuire à la résolution du complexe d’Œdipe (phase pendant laquelle l’enfant rêve d’être le conjoint de son parent et voit l’adulte du même sexe comme un rival).
  • Le sommeil du parent est souvent perturbé puisqu’il ne dort pas profondément par crainte d’écraser bébé. De plus, en vieillissant, les enfants bougent beaucoup la nuit.
  • Risque d’entrave à l’établissement de l’autorité parentale.
  • Problématique lorsqu’arrive un deuxième puis un troisième enfant.

Mon avis

Ça dépend! Il faut d’abord différencier le fait de dormir avec son bébé dans les premiers mois de vie et celui de le garder dans le lit parental lorsqu’il grandit. Dormir avec son bébé est une chose, dormir avec un enfant de 5, 6 ou 7 ans en est une autre. J’ai connu un jeune de 9 ans qui s’était approprié le lit parental et faisait des scènes terribles si ses parents refusaient de dormir avec lui. Autre cas : un papa célibataire qui dormait avec sa fille de… 12 ans. Il y a co-dodo et co-dodo! Avec un bébé naissant, pourquoi pas, si cela ne nuit pas à l’intimité du couple et au sommeil des parents. Mais jusqu’à quel âge? À vous de voir, selon votre seuil de tolérance.

Cela dit, à ma connaissance, aucun enfant n’a dû faire une thérapie pour avoir dormi avec ses parents. Du reste, certains enfants vont, d’eux-mêmes, abandonner le lit parental pour leur chambre vers l’âge de 3 ans, tandis que d’autres peuvent développer une incapacité à dormir seuls. Cependant, un jour ou l’autre, ils devront regagner leur lit, mais il n’y a pas d’urgence, surtout si le co-dodo n’est pas régulier. Car il faut aussi différencier le fait de dormir toutes les nuits avec son enfant et de lui ouvrir son lit de temps à autres, par exemple après un cauchemar ou en guise de récompense. Personnellement, je suis allée me coucher dans le lit de ma fille pendant une heure ou deux quand elle faisait des cauchemars, et ce, jusque vers l’âge de 9 ans.

Bien que les raisons de garder bébé près de soi la nuit soient évidentes, il convient de se demander POURQUOI on continue à le faire lorsque l’enfant grandit. Est-ce un moyen de se couper de l’intimité avec son conjoint? Est-ce pour répondre à NOTRE besoin d’affection? Est-ce pour ME rassurer parce que je suis de nature anxieuse? Si on pratique le co-dodo davantage pour soi que pour l’enfant, il est probablement temps d’y mettre un terme et de renvoyer progressivement l’enfant à sa chambre.

Quelques éléments à prendre en compte

  • Ne pas dormir avec un nourrisson si on est épuisé ou si on a bu.
  • Attention aux risques d’étouffement et de chute : éviter les lits d’eau, les douillettes et les oreillers, et installer une barrière ou un lit d’appoint spécialement conçu pour le co-dodo.
  • Ne pas considérer l’enfant comme un « mini-conjoint » quand on est célibataire ou que notre couple bat de l’aile.
  • Ne pas saboter votre autorité en cédant devant les supplications, l’insistante ou les crises de l’enfant. C’est « oui » ou « oui dans certaines situations », ou bien c’est « non ». Prenez une décision et assumez-la.
  • Voir à ce que la hiérarchie soit bien intégrée. Si l’enfant est traité en égal et partage le lit conjugal, il risque d’avoir du mal à comprendre qu’il doit ensuite obéir aux adultes. Assurez-vous que vos règles sont claires et que votre enfant sait qu’il ne peut pas tout décider. Un enfant-roi qui dort avec ses parents est une catastrophe.
  • Éviter de nourrir un lien fusionnel. Faites en sorte que votre enfant, en grandissant, puisse se passer de vous quelques minutes, jouer seul dans une autre pièce et tolérer que vous accordiez votre attention à d’autres personnes.
  • Autre piège à éviter : rester couché dans le lit de l’enfant tous les soirs jusqu’à ce qu’il s’endorme. Les parents qui agissent ainsi deviennent progressivement « captifs » puisque l’enfant met de plus en plus de temps à s’endormir afin de vérifier la présence du parent. Décidez d’un temps maximal pendant lequel vous serez présent, prévenez-en l’enfant puis sortez de sa chambre, même s’il ne dort pas. S’il pleure, retournez le rassurer brièvement à intervalle de 5 à 10 minutes, mais sans vous recoucher avec lui. En quelques jours, il devrait comprendre qu’il a avantage à s’endormir avant votre départ.

En fin de compte, la pratique du co-dodo relève d’un choix personnel, mais elle doit néanmoins faire l’objet d’un accord entre les deux parents. On doit aussi être prêt à en assumer les conséquences et être conscient qu’il faudra éventuellement enseigner à son enfant à dormir seul. Bonne nuit!

Nancy Doyon

Auteure, conférencière, Coach familial

Présidente de SOS Nancy

 

À propos de Nancy Doyon

NANCY DOYON est éducatrice spécialisée et coach familial. Auteur du best-seller « Parent gros bon sens », elle est également présidente-fondatrice de l’entreprise SOS NANCY, qui offre des services de coaching familial dans la région de Québec. Formatrice et conférencière depuis plusieurs années, elle est aussi très active dans les médias à titre de chroniqueuse famille. Pionnière dans son domaine, elle a développé l’approche responsabilisante et fondé la toute première école de coaching familial au Québec à travers laquelle elle offre de la formation en coaching familial et du soutien clinique aux intervenants qui rêvent de devenir eux aussi des « Super Nanny. »