Cessez de répéter, ils ne sont pas sourds!

Juliette saute sur le divan du salon en riant alors que c’est formellement interdit.

Son père, qui est à la cuisine lui dit: « Juliette? Juliette? JULIETTE! Descends de là! Juliette! Qu’est-ce que papa t’a dit, arrête! Descends, tu vas briser les coussins et c’est dangereux de tomber ma princesse…»

La belle enfant ne regarde même pas son père et poursuit son jeu…

Papa, toujours occupé dans la cuisine, dit : « Juliette, s’il te plaît! Écoute papa, ma cocotte, c’est dangereux, descends de là… »

Maman, qui arrive du sous-sol, s’en mêle aussi : «Juliette, ton père t’a parlé! Arrête, j’ai dit! Juliette! Tu sais bien que c’est interdit! JU-LI-ETTE!!!!!! Je suis tannée de répéter! Est-ce que tu veux une conséquence? Hein! Veux-tu une conséquence Juliette? Réponds! »

Premièrement, ne quêtez jamais l’obéissance de votre enfant. On peut utiliser les « s’il vous plaît » pour les demandes, ou la première fois qu’on donne la consigne, mais surtout pas quand vous avez déjà répété quelques fois! Ne prenez pas non plus un ton plaintif de supplication. Un ton ferme, dynamique et chaleureux sera plus efficace. (Pas besoin d’être agressant non plus!)

Deuxièmement, il ne sert à rien de demander à Juliette si elle veut une conséquence puisqu’on sait que la réponse sera certainement négative. Annoncez plutôt la conséquence ou appliquez-la simplement.

Le plus important : TAISEZ-VOUS!!! Plus vous répétez, plus vos enfants prendront l’habitude de vous faire répéter! Quand l’enfant fait « de la surdité sélective » et ignore vos consignes, il est tout à fait inutile de répéter. Vous le gavez d’attention et il attendra que vous montiez le ton avant de s’arrêter. Vous alimentez alors son opposition. Certains enfants iront systématiquement jusqu’à la limite de ce qui est permis. Il ne tient donc qu’à vous de leur donner une marge de manœuvre claire et constante afin qu’ils sachent à quoi s’en tenir sans que vous n’ayez à monter le ton. Ignorer volontairement une consigne claire est un manque de respect. Au même titre que lorsque l’enfant vous nargue en faisant exactement le contraire de ce que vous avez demandé. Il est donc important de ne pas laisser passer ces comportements.

Que faire alors?

AGISSEZ! Allez chercher Juliette par la main, calmement, mais fermement pour qu’elle cesse de sauter sur le divan. Avertissez-la ensuite sérieusement que lorsque vous donnez une consigne, vous vous attendez à ce qu’elle collabore. Dites-lui également que la prochaine fois qu’elle fera mine de ne pas vous entendre, elle aura une conséquence à assumer. Faites ensuite ce que vous avez dit et appliquez une conséquence logique ou un court retrait quand l’enfant fait la sourde oreille. Les premiers jours, l’enfant sera très souvent en conséquence, mais rapidement, il s’adaptera et vous cesserez de gaspiller votre énergie et d’user votre patience en intervenant pour des peccadilles.

Un autre exemple : « Noémie tu as oublié de fermer la porte ma cocotte… Noémie! Ferme la porte, mon ange, les mouches vont entrer. Noémie, je te parle, qu’est-ce que j’ai dis hein? Ferme la porte tout de suite… Noémie, les mouches vont entrer dans la maison, ferme la porte… » STOP! Taisez-vous et agissez! Allez chercher Noémie par la main, calmement, mais fermement, et ramenez-la près de la porte afin qu’elle la ferme.

Cherchez à comprendre. Observez votre enfant: à quel moment a-t-il le plus tendance à avoir ce type de comportements? Depuis quand a-t-il débuté cette habitude d’ignorer les consignes? Le fait-il avec tous les adultes? Partout? Quel est son non verbal? Selon vous, que cherche-t-il en vous faisant répéter? Contrôler son environnement? Avoir de l’attention? Vérifier le leadership des adultes qui l’entoure? il espère que vous laissiez tomber votre exigence?  Tentez de voir s’il répond à un besoin par son comportement et assurez-vous alors de lui enseigner des façons plus adaptées de répondre à ses besoins. Le livre Parent gros bon sens peut d’ailleurs vous aider à mieux comprendre le sens des comportements dérangeants de votre enfant.

D’autres trucs

Le décompte :

Vous donnez une consigne et votre enfant ne la respecte pas? Plutôt que de répéter ou de crier, offrez-lui un autre type de signal. Par exemple, faites un compte à rebours : 5, 4, 3, 2, 1, 0. Ensuite, agissez (prenez-le par la main pour l’amener à la tâche demandée, fermez la télévision, enlevez-lui son assiette, etc.) ou appliquez une conséquence logique. Il apprendra vite que lorsque vous commencez le décompte, vous êtes sérieux!

Résistez toutefois à la tentation de ralentir le rythme du décompte ou de l’entrecouper de menaces et de réprimandes supplémentaires afin de « donner une chance » à l’enfant d’obéir avant la fin. Soyons honnêtes, vous tentez ainsi d’éviter de devoir appliquer la conséquence et donc d’affronter la colère de l’enfant.

En agissant de la sorte, votre enfant prendra l’habitude d’attendre que vous prononciez le zéro avant de bouger… Vous devez donc compter au rythme des secondes et appliquer les sanctions. À zéro, il est trop tard pour l’enfant. Vous appliquerez la conséquence, même si celui-ci vous assure qu’il est maintenant prêt à agir. Le message doit être clair : il doit obéir AVANT que vous ayez prononcé zéro.

La méthode 1, 2, 3

1. Donnez une consigne courte et claire, sur un ton agréable et chaleureux.  Par exemple : «J’aimerais que tu ranges tes jouets avant le repas mon bel amour ». Évitez les formules vagues comme « Ce serait bien que tu fasses un peu de rangement, tu ne trouves pas? »

Si l’enfant n’obéit pas…

2. Demandez-lui de venir vous voir. Allez le chercher au besoin et ramenez-le dans la pièce où vous étiez. Vous arrêtez ainsi son jeu et lui faites vivre un petit malaise. Répétez votre consigne plus fermement, les yeux dans les yeux. À ce stade, l’enfant doit comprendre que vous êtes sérieux. Le ton sera un peu plus directif, sans toutefois être agressif ou cassant. Évitez les reproches et centrez-vous sur votre demande. Faite une phrase courte et allez directement au but. « Je t’ai demandé de ranger mon grand, tout de suite. » Assurez-vous qu’il a bien compris. Vous pouvez lui annoncer la conséquence qui s’en vient ou lui dire clairement quelles sont les possibilités qui s’offrent à lui. Par exemple : « Soit tu ranges tes jouets, soit papa les confisque. Choisis! »

S’il n’obéit toujours pas…

3. Laissez passer quelques secondes, puis appliquez immédiatement la conséquence sans lui accorder d’attention (conséquence logique ou retrait, selon la situation).

Lire le texte complet sur cette technique

Voir la vidéo:

La méthode des crochets

Si vous avez du mal à sévir après « seulement » deux avertissements, vous pouvez aussi utiliser la méthode des crochets. Vous inscrivez alors sur une feuille (qui sera affichée à la vue de tous) les noms de chacun des enfants. Chaque fois que vous devez répéter une consigne, vous inscrivez un crochet sous son nom. Après cinq crochets, l’enfant doit se coucher 30 minutes plus tôt, après dix crochets, une heure plus tôt… (rappelez-vous que les conséquences à 25 sous n’ont aucun effet…). Vous aurez toutefois avantage à souligner les moments où les enfants vous obéissent du premier coup en inscrivant une étoile à côté de son nom. Ainsi, après cinq étoiles, il pourrait avoir un privilège.

Des règles claires

Clarifiez, avec votre conjoint, les règles de la maison et les conséquences prévues, puis affichez-les bien en vue. Par ailleurs, écoutez-vous un peu… quand vous réalisez que vous intervenez constamment par rapport aux mêmes situations, il est temps de clarifier les règles qui s’y rapportent. Par exemple, si vous avez à intervenir à plusieurs reprises chaque fois que les enfants sont dans la piscine, vous devriez, soit avec votre conjoint ou lors d’un « conseil de famille », si les enfants sont âgés de plus de cinq ans, clarifier toutes les règles se rapportant à la piscine et les conséquences prévues lorsqu’elles ne seront pas respectées. On pourrait alors décider qu’il est interdit de pousser les autres et de courir autour du plan d’eau. Si ces consignes ne sont pas respectées, on pourrait donner les conséquences suivantes : expulsion de l’enfant pour 30 minutes, la première fois, puis, pour la journée entière en cas de récidive. Vous trouvez mes conséquences sévères? Allez lire mon article sur le sujet: Conséquence ou punition? 

Cessez de « donner des chances ».

Lorsqu’une règle est claire et que l’enfant la connaît bien, appliquez une conséquence immédiate, sans donner aucun avertissement. Par exemple, s’il est clair que Samuel n’a pas le droit de frapper lorsqu’il est en colère, placez-le en retrait chaque fois qu’il fait des gestes violents. Ne donnez aucune explication, il a compris. Bien entendu, il faudra aussi ensuite l’aider à trouver des moyens d’affirmation de soi qui sont non violents et mettre en place des stratégies afin de l’aider à développer une meilleure gestion des émotions. Ce texte sur les 5 principes de base de la fermeté bienveillante pourra aussi vous aider à aller plus loin.

Enfin, rappelez-vous qu’on a 18 ans pour éduquer un enfant! On doit donc être un peu patient… Nos interventions ne porteront-elles peut-être fruit que dans quelques années…

IL EST TEMPS DE DÉVELOPPER VOTRE LEADERSHIP ÉDUCATIF!


Ces conseils vous semblent difficiles à appliquer? Peut-être est-il temps, pour vous, de développer davantage votre leadership éducatif! Voici une formation web qui pourrait vraiment vous aider à obtenir davantage de collaboration de la part de vos enfants, sans devoir hausser le ton, ni menacer, ni abuser des mesures punitives. 

Nous connaissons tous un adulte, un enseignant ou un éducateur qui semble dégager une autorité naturelle et n’a aucun mal à obtenir la collaboration des enfants. Je peux vous enseigner comment faire! 

À propos de Nancy Doyon

NANCY DOYON est éducatrice spécialisée et coach familial. Auteur du best-seller « Parent gros bon sens », elle est également présidente-fondatrice de l’entreprise SOS NANCY, qui offre des services de coaching familial dans la région de Québec. Formatrice et conférencière depuis plusieurs années, elle est aussi très active dans les médias à titre de chroniqueuse famille. Pionnière dans son domaine, elle a développé l’approche responsabilisante et fondé la toute première école de coaching familial au Québec à travers laquelle elle offre de la formation en coaching familial et du soutien clinique aux intervenants qui rêvent de devenir eux aussi des « Super Nanny. »